L’apitourisme en Slovénie, mode d’emploi

Sur les routes de Haute-Carniole, les maisons à ruches se repèrent de loin, petits bâtiments de bois dont la façade est couverte de planches peintes. Ce ne sont pas des décors pour visiteurs : le portail du gouvernement slovène compte cinq apiculteurs pour mille habitants, et la loi ne laisse élever qu’une seule abeille, la carniolienne Apis mellifera carnica. De cette densité est née une offre de séjour, ruchers ouverts, dégustations, chambres installées au-dessus des colonies. Elle se prépare, elle se réserve, et elle suit la saison des abeilles.

Panneaux de ruches peints accrochés au mur du musée de l'Apiculture de Radovljica
Les panjske končnice, panneaux peints qui fermaient l’avant des ruches, au musée de l’Apiculture de Radovljica. Photo Ljiljana Sundać, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

Ce que recouvre exactement le mot apitourisme

Ce n’est pas une étiquette posée sur des fermes qui vendent du miel : l’Académie slovène de l’apiculture, rattachée à l’Institut agricole de Slovénie, forme et certifie les apiculteurs qui reçoivent des visiteurs. Une visite se déroule dans un čebelnjak, la maison à ruches en bois où les colonies sont empilées derrière une façade unique, presque toujours équipée de ruches AŽ, un modèle à cadres que la même académie dit utilisé par plus de 90 % des apiculteurs du pays. S’y ajoutent les dégustations de miel, les ateliers de peinture de panneaux et l’apithérapie, qui consiste à s’allonger contre les ruches et à respirer l’air qui en sort. L’ensemble est inscrit depuis 2022 au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO.

Trois arrêts qui suffisent à tenir le séjour

Radovljica abrite le musée de l’Apiculture, fondé en 1959 et installé dans le manoir de la vieille ville. On y voit la collection de panneaux de ruches peints, dont le plus ancien est daté de 1758 : paysages de montagne, scènes religieuses, saynètes moqueuses. Tout près, à Breznica, sur la commune de Žirovnica, se trouve le rucher commémoratif d’Anton Janša (1734-1773), premier maître d’apiculture nommé à la cour de Vienne. Le site est en accès libre et gratuit ; la visite guidée, elle, se réserve auprès de l’office de tourisme local. À Ljubljana, la municipalité a créé en 2015 la Čebelja pot, la voie des abeilles, qui relie ruchers urbains, institutions et entreprises, et se parcourt accompagné.

« Beekeeping in Slovenia, a way of life », la vidéo publiée par l’UNESCO pour l’élément inscrit en 2022.

La saison commande ce que vous verrez vraiment

Un musée se visite en toute saison. Tout ce qui dépend des abeilles elles-mêmes, non : séances d’air de ruche, ruches vitrées et visites de ruchers en activité suivent l’activité des colonies. Quand elles hivernent, l’apiculteur n’ouvre pas ses caisses. L’autre repère est le 20 mai, jour de naissance d’Anton Janša, devenu la Journée mondiale des abeilles après l’adoption d’une résolution de l’Assemblée générale des Nations unies le 20 décembre 2017, pour une première édition en 2018. Radovljica et Žirovnica mettent alors leurs ruchers en avant, et c’est la semaine la plus courue. Vérifiez les jours d’ouverture avant de partir, ils changent entre haute et basse saison, et réservez les visites guidées, qui ne se prennent pas au pied levé.

Compter court, et circuler depuis Ljubljana

Un long week-end suffit à couvrir Radovljica, Breznica et Ljubljana sans rouler beaucoup : les deux premières sont voisines, la capitale est au bout de l’autoroute. Allonger le séjour permet d’ajouter les régions de miel du sud et de l’ouest, le Kočevsko, presque entièrement forestier, dont le miel de forêt porte une appellation d’origine protégée, et le Karst, dont le miel en porte une également. L’aéroport Jože Pučnik se trouve à 26 kilomètres du centre de Ljubljana selon l’office de tourisme de la ville, du bon côté pour la Haute-Carniole. Vérifiez les horaires avant de compter sur un bus pour rejoindre Radovljica : les ruchers de campagne sont de toute façon à l’écart des lignes régulières, et une voiture y reste utile.

Dormir au-dessus des ruches, ou à côté

Des hébergements se sont montés sur le thème : chambres construites au-dessus de colonies en activité, fermes apicoles qui louent quelques lits, maisons d’hôtes tenues par des apiculteurs certifiés. Ce sont de très petites structures, elles ne fonctionnent pas toutes hors saison, et elles partent tôt autour du 20 mai comme en plein été. Dormir sur une ruche, c’est aussi entendre les abeilles à travers le plancher et respirer la cire toute la nuit. Le reste du séjour se règle depuis Radovljica ou depuis Bled, assez proches pour qu’on loge dans l’une et qu’on visite l’autre.

Le budget, poste par poste

La hiérarchie des dépenses est simple. L’hébergement pèse le plus, le transport vient ensuite, les visites arrivent très loin derrière : le rucher de Breznica est en accès libre, et un musée de province ne fait pas un budget. Tout se joue donc sur le logement, et l’écart y est franc : un hôtel au bord du lac de Bled et une chambre chez l’habitant dans la vallée ne jouent pas dans la même catégorie, les fermes apicoles se situant nettement en dessous des adresses du lac. Cet écart se paie chaque nuit, il se multiplie donc par la durée du séjour : cet outil de planification pose l’itinéraire jour par jour et met côte à côte plusieurs combinaisons d’hébergement pour un même parcours. Reste le poste que personne n’anticipe, les pots : on repart rarement de Slovénie sans miel.